L’athlète qui écrit des histoires d’amour…

Référence : R120
Auteur : Julien Dekarczyk 
Format : 14,5x20,5 - 196 pages
Année d'édition : 2011
Langue(s) : Français

C’est un roman à deux voix. Non, plutôt à une seule voix dédoublée. A moins que les deux voix, qui parlent de la même recherche, n’en fassent qu’une...
Julien Dekarczyk est slalomeur de haut niveau, et son autre mode d’expression est l’écriture.
Il nous emmène ici dans les dédales des sensations, des doutes, des joies, des peurs aussi, de l’athlète de haut niveau. Rien n’est jamais acquis, tout est remis en question : la carrière sportive bien sûr, mais par conséquent la vie aussi.

Ce texte est vraiment atypique. Il est rare qu’un athlète livre ainsi sa fragilité. Les slalomeurs reconnaîtront la fébrilité du départ d’une manche, le calme suractif d’une course maîtrisée, le vide après l’arrivée.

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On en parle
CKM n°222

Revue parue dans Canoë-Kayak Magazine 222 de septembre-octobre 2011 :

Il y a des livres, comme ça, qui provoquent une sorte de persitance rétinienne ou neuronale. Des livres dont on ne se départit pas tout de suite. Celui de Julien est tellement atypique qu'il entre sans difficulté dans cette catégorie. Le hasard a voulu que, pour nous, cette trainée croise l'annonce de la fin tragique de Pierre Quinon et qu'elle nous interroge sur le prix à payer pour devenir, être et rester un athlète de haut niveau.
Cette question est au cœur du livre. Elle hante Julien et son double Raphaël. Ou, plus largement, qu'est-ce que le haut niveau, la vie quasi monacale que cela impose, et plus brutalement, est-ce une vie que celle d'athlète de haut niveau ? Puis, au-delà, comment y mettre un terme ?
Pour explorer ce sujet de l'intérieur, Dekarczyk utilise deux voix. Celle de l'athlète, disparu (mais s'est-t-il vraiment suicidé et comment, nous n'en saurons rien), et celle du meilleur pote qui cherche à comprendre, lui qui n'a rien vu venir. C'est un roman semi-épistolaire puisque seul Julien, l'athlète, s'exprime à la première personne. Raphaël est le récipiendaire des lettres de Julien. Il doit les comprendre, les démêler, les expliquer. On le voit comme un poisson dans son bocal, observé, analysé, cherchant à attraper le fil d'une histoire qui semble lui échapper. Julien, l'auteur, se plaît à voir comment son cobaye se sortira de l'affaire. Le double, qui n'est pas athlète de haut-niveau, parviendra-t-il à chasser ses vieux démons qui ressemblent assez à ceux de Julien, l'athlète.
Julien Dekarczyk est kayakiste, ancien membre de l'équipe de slalom. Cette autofiction est l'histoire d'une mue, de sa mue. Quel homme-papillon, la chenille-athlète engendrera-t-elle ? La mue est douloureuse et le livre joue un rôle de catharsis.
Dans de belles pages, Julien Dekarczyk décrit le but poursuivi par l'athlète. Ces quelques secondes qui ne sont rien sinon un instant de grâce perçu en compétition lorsque toutes les sensations sont à l'unisson, tendues vers le but et que tout est limpide. L'auteur "étire les secondes" pour donner au lecteur le privilège de vivre cela, la trajectoire qui se joue des mouvements d'eau et des muscles durcis.
Mais la vie d'un athlète est aussi la vie d'un homme ordinaire, faite d'amours exaltantes ou déçues, de fuites et de défis.
On dit que depuis Proust, il n'est plus possible d'écrire "je". Julien s'y risque pourtant. Il réussit lorsqu'il parle en athlète. Quelquefois, il bute et barbotte dans les circonvolutions de la vie ordinaire. Son récit à deux voix faiblit alors un peu et le lecteur est chagriné de sentir que "la manche de rêve" n'est pas reproductible à volonté.
Mais qu'importe, l'essentiel est ailleurs. Dans le risque pris à écrire, dans la jubilation qu'il a à le faire, la littérature étant l'un de ses moteurs.
Il est à parier que ce livre n'est que le premier. Nous attendons impatiemment le suivant, celui d'après la métamorphose.